dimanche 2 mai 2010

Alva Noto - Xerrox Vol.2 (2009)



Alva Noto, de son vrai nom Carsten Nicolaï, fait partie de cette nouvelle-nouvelle vague allemande de la musique électronique. Relié au label Raster-Noton (Byetone..), il œuvre non seulement dans le monde du son mais aussi en tant qu'artiste visuel, deux facettes qu'il fait communiquer selon sa propre alchimie. D'un domaine souvent méconnu voire méprisé du grand public (les styles "glitch", "noise" ou "microsound", autant de noms à faire fuir le quidam), il construit à partir de bruits à la limite du perceptible une musique profondément humaine, bien qu'issue de machines. Le rapport entre les deux ? L'électricité. Fil conducteur dans l'expression de ce Xerrox Vol.2 : les étincelles sont les invitées d'honneur des tableaux d'Alva Noto. La décomposition chirurgicale du son et sa métamorphose dont nous sommes témoins ici forcent l'admiration.

L'organisme sonore de cet album s'est nourri de bruits de vieux modems ou de faux contacts électriques, les a digérés, décomposés pour les ré-assembler en espaces musicaux modernes, teintés de mélancolie : celle ressentie en traversant une ville juste avant un lever de soleil, celle dans laquelle on se surprend à errer en périphérie. De la musique d'ambiance ? non, trop touchante. Du "noise" ? peut-être. Sans aucun doute, un des discrets monuments d'architecture sonore de ces quelques dernières années. Le morceau en trois parties "Xerrox Monophaser" vaut à lui seul l'album.

La structure, bien qu'invisible, est étudiée ; on ne laisse pas les bruits courir au hasard. A travers une multitude d'outils d'informatique musicale, Carsten Nicolaï extrait un son d'un signal électrique, lui donne une texture propre. Le place dans un flux, un système circulatoire à basse tension. Un acte de création qui produit une identité à partir d'un chaos mi-onde mi-matière, l'étincelle d'une rencontre entre Nikola Tesla et Brian Eno. L'électricité, elle qui anime tant le vivant que la machine, constitue les fibres d'une toile sur laquelle s'étalent des retentissements d'émotion - les grésillements finement posés par delà les timides instants de mélodie sont d'un matériau d'apparence brute mais considérablement travaillé. Pour atteindre cette puissance dans l'inaudible, cette profondeur dans l'impalpable : un art saisissant de la suggestion.

>>> extrait audio <<<>

vendredi 26 mars 2010

Keith Jarrett - Vienna Concert (1991)


Une salle d'opéra, on s'entendra, sert surtout à représenter des opéras. Mais pas pour tout le monde. Pas pour ce pianiste d'Allentown qui divise les mélomanes et les critiques. Keith Jarrett joue ce soir d'été 1991 à Vienne un concert qu'il désignera comme étant son meilleur enregistrement - et l'homme est exigeant, n'hésitant parfois pas à s'arrêter au milieu d'une pièce à cause d'un bruit mal placé venant de l'audience. Pour lui, une quinte (de toux), un raclement de gorge mal placé émanant de l'auditoire peut suffire à le couper dans son élan, au risque d'interrompre définitivement un concert.

Mais ce soir, tout se déroulera comme prévu. "Prévu" : le mot semble inadéquat pour un concert entièrement improvisé à mille lieues d'une énième interprétation de musique classique. La musique, c'est le plaisir, le risque, et le plaisir du risque ; en posant ses premières notes, Jarrett nous raconte un récit qu'il déplie au gré des instants, nous entraînant dans son pèlerinage de façon irrésistible.
Cette impression que d'un chaos émerge la musique, d'assister à sa gestation, de l'intérieur. Ce piano n'est pas un son, c'est une chimère - un orchestre à lui seul. Une maîtrise de l'intensité, de la nuance et de l'installation d'un climat qui frôle la perfection. Au centre de cette improvisation, peut-être l'œil du cyclone, des visions d'un mage pétrissant l'immatériel surgissent ; l'apprenti-sorcier de Fantasia, en plus sauvage.



Une toile en tryptique, avec un premier tableau suggérant l'espace par des intimes esquisses colorées ; on nous installe, on nous rassure pour mieux nous emporter par la suite. Il serait ardu de définir avec précision le style musical qui s'exprime ici - désormais, le pianiste expose une synthèse déconcertante de cohérence en plusieurs dizaines d'années de musique. Le ton s'affirme et les motifs se répètent, et le son est en permanence porté avec une finesse rare.

Puis la mélodie se craquèle et perd son visage, elle se déréalise pour atteindre les sous-terrains vers lesquels le mage nous mène. Ne pas le perdre de vue, surtout. Lui seul nous sortira d'ici - il connait le chemin, mais il ne le sait pas encore. La lumière se fait rare, les murs se déforment. Au delà du sentiment et du discours il y a la matière, la sensation. Nous arrivons dans les limbes, des figures indescriptibles dansent la mort en ombres autour de nous. Le pianiste cherche, au bord du gouffre, une issue. Dans ce tourbillon, la lumière existe pourtant, tapie dans l'ombre.

Subitement, des convulsions, une note, puis deux, puis trois nous mettent sur le chemin d'une résolution solennelle, l'expiration si nécessaire après une tension sur le fil du rasoir. L'aube est là, des rayons d'accords majeurs balayent les restes de ténèbres, à travers une conclusion jubilatoire, débordante de lyrisme, qui pour moi n'a pas d'égal dans la longue discographie du pianiste en tant que soliste. Sans doute porté par la grandeur du lieu de ce concert, le magnifique opéra de Vienne, et sans jamais en faire trop, Jarrett livre ici ce qui peut être considéré comme sa meilleure improvisation longue durée, où les bonnes notes, savamment choisies, tombent au bon moment, sans débordements, sans fautes de goûts. Un motif en appelle un autre, cela coule de source. Ce morceau est, par sa structure, une symphonie ; par sa beauté solennelle, un raga indien ; par son exécution, un chef-d'oeuvre de composition spontanée. On le réécoute plusieurs fois comme on répète un poème pour en percer les mystères.

La deuxième partie de ce concert est plus courte que celle qui la précède - elle est d'une structure aux contours moins affirmés, aussi. De tons sombres et romantiques, ses ambiances sont plus intimes. Par delà la spontanéité et le choix des notes, souvent exotiques, on en ressent par moments une impression de fin du monde exaltante, sur un fond cependant teinté d'impuissance ; une fin qui n'ouvre pas comme celle de la première partie, mais qui referme ; et qui referme la forme en arc de cette deuxième partie.

Disons les choses : rarement l'improvisation de piano en soliste ne s'est imposée avec tant de maîtrise et d'évidence.

samedi 20 mars 2010

Erik Truffaz & Murcof - Mexico (2008)


Quand on vous dit Corona, vous penserez surtout à la célèbre bière mexicaine. Mais on peut aussi penser à Fernando Corona alias Murcof, mexicain lui aussi ; créateur d'espaces, architecte de l'ambiance bien connu des mordus d'électro. Faites-lui rencontrer le trompettiste franco-lausannois Erik Truffaz et après quelques échanges vous obtiendrez le Mexico Project, faisant partie d'un tryptique concocté de jazz et de world music qui a occupé Truffaz pendant l'année 2008 (avec Paris et Benarès, dont la critique suivra).




Trois titres, pour un mini-album de 27 minutes. La formule est brève, mais 60 ou 70 minutes en auraient trop dilué sa poésie, en auraient fait un disque lassant au final. Trois titres pour trois tableaux : un château dans "Al Medioda", la tension d'une longue nuit d'été avec "Good News from the Desert" et un lever de soleil libérateur par "Avant l'Aube". Ce sont ce que ces pièces m'évoquent, et les albums solo de Murcof alimentent eux aussi l'imagination visuelle, une qualité essentielle de la musique instrumentale en ce qui me concerne.

Ce qui surprend au fil des écoutes, c'est la qualité très organique du flot sonore de Murcof ; un son électronique certes, mais travaillé pour le rendre vivant, le moins mécanique possible. On imagine la subtilité requise pour forger ces paysages, pour la plupart sobres, timides, mais présents comme une montagne en arrière-plan, que la trompette survole sans s'y arrêter trop longtemps. Le tout vient à nous dans une densité poignante, très maitrisée.

La capacité de leur musique à créer une ambiance rappellera la musique impressionniste du début du XXème siècle, dont elle semble être la lointaine descendante.



dimanche 14 mars 2010

Fela and The Africa 70's with Ginger Baker - LIVE! (1971)


Quel est le lien entre James Brown, Keziah Jones et Malcolm X ? Si vous connaissez Fela Kuti, vous connaitrez déjà la réponse. Pour résumer, ce musicien d'origine nigérienne né en 1937 est l'instigateur d'un style nommé Afrobeat, genre apparu au début des années 70 à la croisée du jazz, du funk et des rythmiques traditionnelles africaines. Fela est à ce style ce que Bob Marley fut au reggae, un charismatique porte-drapeau qui ne se contentait pourtant pas de faire que de la musique.


Il a été jusqu'à son décès en 1997 un activiste politique perpétuellement réprimé par le gouvernement en place au Nigéria pendant les années 70 et 80 ; il s'est battu la plupart du temps contre l'hypocrisie de la classe politique dominante et contre les absurdités subies par ses compatriotes, influencé par les Black Panthers pendant un voyage aux USA. Erigé au rang de légende presque underground de la musique africaine actuelle, son oeuvre revient ces temps-ci sur le devant de la scène avec une comédie musicale à son sujet à Broadway et un projet de biopic.



Tout ça pour vous parler d'un de ses disques du début de sa carrière qui vaut vraiment le détour. Un live débordant d'énergie, une véritable leçon de groove et une bonne introduction à la musique de Fela (cela dit, vous pourriez piocher les yeux fermés dans sa discographie en 1970 et 1981 ; tout est bon à prendre, à condition de trouver les disques en question..). Le leader chante finalement peu, mais c'est parce qu'il assure aussi les solos de saxophone et de clavier. Le groupe mélangeant section rythmique de funk et percus africaines tourne d'enfer, rien à envier à ses confrères d'Amérique de ce côté là. Le son est particulièrement clair et bien mixé pour un album de presque 40 ans, et pour un artiste encore assez peu connu en dehors de son pays à l'époque.

On a donc un apperçu sonore des concerts de Fela, où les morceaux pouvaient se voir rallongés sur plusieurs dizaines de minutes. La présence de Ginger Baker, batteur de Cream, ne fait qu'asseoir encore ce groove irrésistible ; sur la dernière piste, enregistrée plus tard en 1978, un duo de batterie entre lui et Tony Allen ; pour info, ce dernier a été le bras droit musical de Fela de 1969 à 1978, et ce dernier aurait dit de lui qu'"il n'y aurait pas eu d'Afrobeat sans lui".

Pour celles et ceux qui aimeraient des suggestions d'autres albums, je recommande très vivement l'anthologie The Black President qui, malgré certains morceaux raccourcis (longueur originale oblige), offre un éventail goûtu de son oeuvre sur une quinzaine d'années. Sinon, le double album Open & Close / Afrodisiac qui lui illustre un Afrobeat du début de sa carrière, avec une section de cuivres plus présente et des paroles en Yoruba ainsi qu'en Anglais. Foncez c'est moi qui vous le dit !

lundi 8 mars 2010

Thomas Dybdahl - (S/T) (2009)

Un autre été sur les côtes de la Baltique, les pieds dans l'herbe. Thomas Dybdahl est norvégien, mais sa musique ici n'est pas à situer au sommet d'un fjord en plein hiver. On pense aussi volontiers à une plage dans un paradis perdu, l'image serait tombée raide dans le cliché si ces chansons n'étaient pas sincères comme elles le sont. On a droit ici à une compilation du monsieur, un bon moyen de le découvrir (contournons sans se gêner le débat ultra redondant sur les compilations). Très épuré, le son est pourtant cohérent, il provoque ce qu'il cherche à installer comme climat, détail admirable dans une époque où l'on pourrait se demander si certains artistes pop ont des intentions dans leur musique.

Ici, on se dénude sans complexes, le tête à tête mène au coup de foudre. "One day you'll dance for me, New York City" est un coup de coeur ; "I need love baby, love, not trouble" se fait aimer. La sélection se termine par "Rise in Shame", un peu Pink Floyd sans le vouloir, mais là ça fonctionne et ça place comme il faut ; on regretterait même que les autres chansons ne soient pas aussi confiantes et appuyées que celle-ci.

C'est peut-être de la musique simple ; sans aucun doute de la musique déjà jouée, d'une certaine façon ; mais c'est comme un lit encore chaud le matin, on y revient avec plaisir même en connaissant la chose dans tous les sens.

mercredi 17 février 2010

Ulver @ Ebullition, Bulle (16.2.10)



Dans l'univers de la musique, il y a parfois des gros retournements de vestes. De cette catégorie on pourrait faire une distinction : il y a Ulver, et puis il y a tous les autres. Ayant débuté comme groupe de black métal forestier au début des années 90, ils terminent la décennie en tant que bidouilleurs électro-acoustiques après un virage à 180°. Des anciens membres de la première époque, il ne restera plus que Kristoffer Rygg ou "Garm", leader charismatique et fils prodigue de la scène métal norvégienne, collaborant régulièrement avec les aventures tant bruitistes (SunnO))), Merzbow) que profondément métalleuses (Ihsahn) de ses collègues.


Il y a encore un peu plus d'un an, assister à un concert des loups (c'est ce que signifie leur nom dans leur langue) tenait du fantasme romantique. Mais c'était sans compter sur l'ancien directeur du Festival de Littérature Norvégien, Stig Sæterbakken, qui, après beaucoup d'insistance, réussit à amener le groupe sur une scène à Lillehammer, le 30 mai 2009. Jouissant d'un accueil très chaleureux, Garm et ses compères se sont rendus compte à quel point leur musique importait à un public allant du métalleux pure souche au dandy électro en surdose de BPM. Et c'est ainsi que les loups prirent la route.

Ce soir, dans la petite bourgade fribourgeoise de Bulle, Ulver ne jouera pas de black métal. Désormais, ils offrent un show aux accents folk, tribaux, mélangeant noise, trip hop nordique et rock indus. Une musique bâtarde mais cohérente qui leur est propre, et qu'ils peuvent se permettre d'assumer comme personne d'autre.

N'ayant pu assister à leur date à Genève, je prends la route pour les retrouver le lendemain à Bulle, dans une petite salle qui a dû servir d'ancien cinéma dans le passé. La scène, où se retrouveront 6 musiciens (4 du groupe et 2 additionnels, pour la tournée), prend bien la moitié de la salle, il n'y a pas un mètre carré de libre dessus. Et je peux sans problèmes rester à même les enceintes de retour, à même pas 3 mètres de l'endroit où œuvrera Garm. Ça s'annonce particulier.

Ce soir, le groupe rameute une clique éclectique, avec une tendance prévisible au métalleux. La moyenne d'âge doit tout de même être de 25 ans, et on attend l'arrivée des loups avec une petite excitation.
Il y a d'abord une première partie. Attila Csihar, ou pour ce soir, "Void ov Voices", énième chanteur de Mayhem à côté, viendra nous faire des constructions sonores de boucles de chant. Un type débarque de nulle part en cape de templier, il se trouve que c'est lui. Devant un autel païen monté pour l'occasion, l'homme scande et élabore un corps de voix tout droit sorties de rituels underground, étrange mais prenant. Après une brève pause, il continue mais cette fois en multipliant les couches de chants diphoniques. Le souvenir de rituel de sorcellerie s'efface pour laisser place à cette ambiance de temple bouddhiste, où les mantras se récitent en groupe. 30 minutes de boucles de voix, l'exercice est périlleux, et d'ailleurs, cela n'aurait pas dû durer plus que ça, mais la sauce prend, et cette mise en ambiance inattendue (cela dit, efficace) a comme pour effet de polir l'esprit pour mieux recevoir Ulver.

Une petite pause entre les deux actes, et je sors m'aérer. A l'entrée, sur un canapé, je vois Attila (qui a lâché sa cape) à côté d'un barbu tatoué, un peu nounours. Oui, c'est bien Mr. Rygg, le chanteur, alias Garm.

Les lumières tamisées, une nape d'orgue nous vient en crescendo. Garm monte sur la scène en zig-zaguant entre le petit public - il n'y a pas de backstage, visiblement. Ainsi commence ce concert, qui sera agrémenté de projections vidéo. Là d'où je suis, je vois le chanteur en contre-plongé sur fond de lever de soleil arctique, pendant ce morceau d'ouverture (Eos, de leur dernier album) d'une mélancolie pas mielleuse, nostalgique, froide et chaude. Exceptionnel. Entre les morceaux, Garm ne se manifestera pas beaucoup - peu expansif, il le fait savoir sans le devoir le dire. Nous aurions pû le lui reprocher, de ne pas nous dire grand chose (juste des petits "thank you") ou de ne pas faire de rappels pendant cette tournée, mais un certain respect s'est imposé entre les fans et Ulver. Le public se laisse mener par le groupe, déjà trop heureux de pouvoir assister à ça.



Même s'ils ne sont finalement que peu rompus à l'exercice du live, les musiciens assurent, donnent, et, bonne étoile du soir, sans problèmes techniques cette fois-ci. Sur scène, Garm au micro et laptop, un guitariste-bassiste-pianiste-second chanteur (tout en un) peu connu mais très doué, un batteur, deux DJs (sampleurs, platines, table de mix) et un claviériste. C'est ce qu'il faut pour reproduire à la hauteur de ses ambitions le son organique et dense de la meute de loups.

Les morceaux interprétés ce soir viendront de chaque album du groupe depuis Themes from William Blake's The Marriage of Heaven and Hell, sorti en 1998 : leur premier album électro. On aura également droit à deux morceaux de Perdition City, album culte déjà vieux de 10 ans, une petite sélection de Blood Inside, et bien sûr plusieurs morceaux de Shadows of The Sun, leur dernière production, que cette tournée est censée promouvoir, accessoirement. Des incursions plus obscures se feront par un morceau d'une B.O. de film ("Rock Massif", sur l'album Svidd Neger) et par un final basé sur un morceau d'ambiance de l'album Teachings in Silence. Sélection intégralement écrémée de leur période black métal et folk-acoustique ; cela aurait-il été déplacé ? Peut-être.



Pendant et après ce concert, j'ai eu la persistante impression de vivre un moment d'intimité avec Garm et ses musiciens. Etre en face d'eux, tout près, fait tomber les masques et révèle tout risque de tromperie artistique : ce soir, je n'ai vu que des musiciens sincères, présents. Un exemple. c'est certain. Cependant, oui, j'aurais voulu plus de morceaux de Perdition City, mon petit favori. J'aurais voulu plus de prises de risques de la part du chanteur. Mais le sentiment d'avoir passé un moment avec le groupe plutôt que d'être allé voir un simple concert remplace aisément ces envies de fan passionné.

Ulver, avec une poignée d'autres artistes actuels, continue son petit bonhomme de chemin loin des vils copieurs et a l'honneur de faire partie de ces rares groupes qui sont toujours là où on les attend : jamais au même endroit.


Site web : www.myspace.com/ulver1 ou www.jester-records.com/ulver

Discographie (albums entiers) :

Autre albums à signaler :




Photos provenant de différents concerts. Galerie amateur sur FlickR : par ici


album : Battements au Coeur de l'Orient (2007)


Vous aimez la musique orientale ? Du moins, vous connaissez un peu ?

Très bien, ce disque est pour vous. Sinon, il risque bien de vous la faire apprécier. On a entre les mains un disque sorti l'année dernière, qui s'articule autour de la croisée de multiples cultures désignées communément dans cette musique.

Si vous avez un peu l'âme curieuse, vous aurez sans doute entendu une fois parler des Chemiranis, cette famille iranienne qui a grandement travaillé à la popularisation de leur musique traditionnelle en dehors des frontières perses. Nous avons aujourd'hui les trois enfants de la famille, Keyvan et Bijan, les frères tous deux percussionnistes, et la soeur Maryam, chanteuse. S'y trouvent également différentes participations, notamment celle du tabliste Anindo Chaterjee (que j'ai eu l'occasion de rencontrer lors d'un atelier), Ken Zuckerman (au Sarod), et enfin des grecs comme Sokratis Sinopoulos (Kementché, ou violon iranien) et Stelios Petrakis à la lyra. Mais assez de présentations ; passons à la musique.

La musique justement, qui est magnifiquement interprétée, est un savant mélange dont les ingrédients fondamentaux sont l'intensité, la sensibilité mélodique perse et la couleur cyclique et rythmiquement intense de la musique classique indienne. Et la synthèse opère toute seule : tantôt des morceaux plus structurés et chantés par la voix profonde et touchante de Maryam (l'ouverture Chabi Majnoun, le merveilleux Nemidounam), tantôt des toiles musicales tissées comme les légendaires ragas indiens (Bhairavi, basé sur le mode du même nom). Cette communication entre les deux cultures fait ressortir un sentiment d'unité que nous n'aurions pu apprécier autrement, et c'est tant mieux.

En parallèle de la beauté harmonique des performances travaille une mécanique rythmique irréprochable qui confirme la virtuosité nécessaire à l'exécution de cette musique, qui parfois occupe l'entièreté de la scène (un duo Zarb/Tabla époustouflant dans Haft delakhta) ; une puissance irrésistible pour ceux qui ressentent l'appel du tambour.

Pour conclure, signalons la qualité sonore de l'album et sa texture très vivante (les morceaux sont enregistrés "live" bien sûr, comme pour la plupart des disques du genre).